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logo-progresLe Puy-en-Velay. Dans « L’Histoire sociale de la Haute-Loire, n° 3 », Raymond Vacheron relate l’histoire des Tanneries du Puy. Il rappelle comment, en un demi-siècle, les avancées obtenues par les ouvriers à tanneurs ont marqué tout un bassin de vie, voire un département.

Retour sur le passé
XVIe siècle : l’histoire des tanneurs débute

S’il est indéniable que l’histoire des Tanneries du Puy est intimement liée à l’histoire de la ville préfecture et de ses environs, on sait moins que l’histoire des tanneurs remonte au XVIe siècle avec la création de la corporation des tanneurs en 1551 dans l’église des Carmes. Déjà, les odeurs et le besoin d’eau obligeaient cette activité à s’installer aux portes de la cité, en bordure du Dolaizon.

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1957 : la Bête du Gévaudan comme emblème des Tanneries du Puy

Au début des années cinquante, alors que les Tanneries du Puy connaissent une expansion exceptionnelle (en novembre 1949, l’usine double son personnel et compte 200 ouvriers), la Bête du Gévaudan est choisie comme logo. Il est dessiné par Philippe Kaeppelin qui réalisera également deux sculptures en bronze pour l’entreprise.

En 1957, année de la création du Bulletin de liaison, « réservé exclusivement aux membres du personnel », en plus de la Bête une citation de Saint-Exupéry, est mise en exergue, elle deviendra quasiment le slogan de l’entreprise : « La grandeur d’un métier est peut-être avant tout d’unir les hommes ». Cette phrase, les syndicats ne manqueront pas de l’utiliser voire de la détourner au fil des conflits qui rythmeront la vie des Tanneries.

La cité du Loup première cité ouvrière

Les Tanneries jouent un rôle majeur dans l’urbanisation du bassin ponot, dans l’après-guerre. La loi obligeant les entreprises à consacrer 1 % de la masse salariale à l’aide au logement, la cité du Loup, en référence à l’emblème des Tanneries, voit le jour avec 55 logements et la possibilité offerte aux tanneurs de devenir propriétaires. Suivra la construction d’appartements réservés au Val-Vert et à La Bouteyre.

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1978 : un plan social jamais vu

Dès la fin des années cinquante, Les Tanneries ont connu différents conflits sociaux. Si, jusqu’à la fin des années soixante, les ouvriers se battaient pour obtenir des avantages sociaux, les années soixante-dix seront marquées par des luttes pour sauver les emplois. Petit retour en arrière. Après les folles années de développement et d’accroissement, Les Tanneries du Puy subissent de plein fouet la crise. Entre 1974 et 1977, les plans sociaux s’enchaînent. Les Tanneries changent de nom mais la barre n’est pas redressée. En 1978, c’est le coup de semonce. La gérance d’Unigrain prend fin. Va-t-on vers la liquidation judiciaire, après les législatives ? Il reste 710 tanneurs en Haute-Loire. Les élections passées, la restructuration est annoncée : 562 licenciements dont 392 au Puy et 170 à Bort-les-Orgues. Une nouvelle société est créée : la Société nouvelle des tanneries. L’ancienne est mise en liquidation. Pour faire face à ce coup de tonnerre, tout le bassin ponot se mobilise autour des tanneurs et de leur famille. Et le 26 mai 1978 quelque 10 000 personnes manifestent dans les rues de la préfecture. Fin 1978, la société Nouvelle tanneries françaises est constituée. À sa tête, M. Folberth. Il est l’un des spécialistes de la tannerie. En l’espace de quatre ans, les tanneries ont perdu 1 743 emplois dont 1 000 au Puy-en-Velay. Début 1979, il reste 317 tanneurs au Puy-en-Velay.

2011 : l’année Weston

Les deux décennies seront rythmées par les plans sociaux. Licenciements et préretraites se suivent et se ressemblent aux Tanneries. On n’y traite plus que les peaux de veau. En mars 2010, l’équipe dirigeante dépose le bilan et le directeur démissionne. Un nouveau bras de fer s’engage. Pas question pour les tanneurs de baisser les bras, au contraire. Ils ont un savoir-faire reconnu par tous et notamment Hermès. Le luxe est un créneau, les ouvriers en ont bien conscience. Ils ne vont pas laisser passer leur chance. C’est ainsi que durant l’été 2011, en toute discrétion, le Limougeaud Weston rachète les Tanneries du Puy, tout en conservant les 117 salariés et en programmant un investissement financier de cinq millions d’euros.

« Quand les Tanneries s’enrhument, c’est le pays qui tousse »
Formule de Raymond Rousset dans La Tribune – Le Progrès, éditions du 15 et 17 mars 1973.

Article paru dans Le Progrès
Edition en ligne du 10/02/2013

Crédit photos: collection particulière RV ( manifestaton après l'annonce d'un plan de licenciements massifs en 1978, atelier dans les années 1950/60)

Tag(s) : #HISTOIRE

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