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logo-zoomdiciComme nous l'avions révélé en mars dernier, des soupçons de fraude pour des arrêts de travail non déclarés planent sur l'usine de Blavozy, à l'instar du site clermontois. L'inspection du travail de Haute-Loire vient de saisir la Justice.

L'affaire avait fait grand bruit. En mars dernier, le Parquet de Clermont-Ferrand avait diligenté une enquête sur une possible fraude à la Sécurité Sociale de Michelin, soupçonné de ne pas déclarer des arrêts de travail. A Blavozy aussi, des doutes étaient apparus et la CGT avait sollicité la direction départementale du travail.

La rédaction de Zoomdici.fr avait alors recueilli des témoiganges d'ouvriers de l'usine du bassin du Puy dont les arrêts de travail avaient été transformés en postes aménagés, "suite aux pressions de la direction" (lire). L'inspection du travail a finalement été saisie dans la foulée et une enquête a été menée.

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 Un délit constaté par l'inspection du travail

"On a contacté l'inspection du travail pour l'alerter car on trouvait que le taux de fréquence accident, proche de zéro, ne reflétait pas la réalité quand on connaît notre grosse activité, notre nombre important de personnels et de machines, sans parler des rotations", explique le Cégétiste René Villesèche, secrétaire du CHSCT (ndlr : Comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail).

L'appel trouve preneur et l'inspectrice du travail a mené une enquête en interne ce printemps sur le site de Blavozy, auditionnant près de 25 salariés et s'entretenant avec la direction et les services de santé de l'usine. Au terme de son travail d'investigation, elle a déposé officiellement un article 40 en septembre dernier, c'est à dire lorsqu'un officier assermenté ou du ministère public constate un délit, il est habilité à en informer le procureur de la République pour que celui-ci diligente une enquête ou des poursuites.

 Saisir la chancellerie si l'affaire est étouffée

Aujourd'hui, le dossier est donc dans les mains du procureur de la République de Clermont-Ferrand, qui pourrait entamer une procédure contre la manufacture, et non la direction vellave. Les membres de la CGT de Michelin Blavozy demeurent toutefois prudents : "rien n'est acquis et on craint que l'affaire soit étouffée" car l'entreprise du CAC 40 a "une puissance de feu importante". Pour l'instant, la manufacture semble ajuster sa ligne de défense sur le fait qu'il s'agissait d'absences indemnisées et non de fraudes à la Sécurité Sociale. Au cas où "l'enquête ne serait pas menée correctement", la CGT de Haute-Loire se dit prête à saisir la chancellerie ou directement la Ministre de la Justice Christiane Taubira.

"Il est hors de question de laisser passer ça, si l'inspectrice du travail au terme d'un travail de fond a transmis un article 40 au procureur, c'est bien qu'elle a constaté des irrégularités", assure René Villesèche. Désormais, l'affaire pourrait un peu traîner avant de prendre encore de l'ampleur. Si le procureur engage des poursuites et saisit les tribunaux, des auditions de gendarmerie devraient avoir lieu prochainement et la CGT, au même titre que la CPAM, se porterait partie civile.

"On espère qu'en France, il ne suffit pas d'appartenir au CAC40 pour s'extraire de la Justice", insiste Hervé Bancel, le délégué syndical CGT.

"Pour satisfaire les actionnaires et asseoir leur politique de prévention"

Des cas de pression ont déjà été dénoncés ces dernières années par René Villesèche, sans jamais aboutir. "Comment aucune administration n'a été alertée de voir zéro arrêt de travail dans une boîte de manutention de 600 employés avec autant de machines et de risques de blessure ?", s'interroge-t-il. "Leur politique du zéro accident avec arrêt de travail, c'est ubuesque, ça ne peut pas exister dans l'industrie". Selon le secrétaire du CHSCT, cette politique s'explique simplement : "c'est pour satisfaire les actionnaires et ne pas avoir à payer les pénalités qui sont dues à la Sécurité Sociale quand il y a des arrêts".

Cette volonté de n'avoir aucun arrêt de travail permettrait aussi d'asseoir la politique de prévention de l'entreprise puisque les chiffres démontrant qu'il n'y a presque aucun arrêt attestent de bonnes conditions de travail. Ainsi, c'est tout l'argument 'pénibilité du travail', souvent avancé par les syndicats dans les négociations, qui se retrouve démonté, chiffres à l'appui.

Inquiétude autour de l'activité de l'usine à Blavozy

Vendredi matin, le syndicat CGT avait convié la presse pour lui faire part de la situation "ubuesque" à laquelle ils sont confrontés. En effet, les commerciaux continuent leur travail et les ventes sont en augmentation. En parrallèle, la production diminue et le chômage technique a refait son apparition, avec plusieurs jours de fermeture de l’usine ces dernières semaines. "On ne comprend pas les objectifs du groupe", note Hervé Bancel, délégué syndical CGT, "la direction n'a pas voulu nous donner de perspectives pour 2013".

S'appuyant sur un marché de l'emploi en berne sur le bassin du Puy et des possibilités de délocalisations, les syndicalistes craignent de voir la direction profiter de la situation pour dégrader leurs conditions de travail. "Il ne faut pas oublier qu’on déplore 13 suicides d’ouvriers, mais aussi de chefs d’équipes et de cadres, au sein du groupe, depuis 2007", rappelle le syndicaliste avant de conclure : "malgré les bénéfices générés par le groupe (voir encadré), il n'y a aucune revalorisation salariale ou prime d'intéressement".

Les bénéfices de Michelin ne cessent de croître : de 1 049 000 000 euros en 2010 à 1 462 000 000 euros en 2011, les résultats du premier semestre 2012 marquent une hausse de 37 % par rapport à l'année précédente, soit 915 millions d'euros à mi-parcours cette année.

Article de Maxime Pitavy paru sur Zoomdici
Edition en ligne du lundi 26 novembre 2012

Tag(s) : #SOCIAL

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