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logo-progresHier, le tribunal de commerce du Puy-en-Velay à prononcer le redressement judiciaire de la cartonnerie. Prochain rendez-vous le 16 novembre, pour la probable liquidation de l’entreprise.

Ils sont tous là ou presque, les trente-deux derniers salariés de Biltube. Pour la possible liquidation judiciaire de leur entreprise, rendez-vous avait été donné, hier, à 14 heures, devant le tribunal de commerce du Puy-en-Velay.

Il y a Sener, Smaïn, Didier, Alain, Karim ou encore Salim. Les mines ternes mais sans inquiétude ni angoisse. Ils savent déjà… Ils savent que, quelle que soit la décision du jour, redressement, liquidation ou report, il n’y aura pas de miracle. Un repreneur-sauveur ne sortira pas de la robe noire du juge. Ni de l’attaché-case du directeur de l’exploitation, Michel Kore, qui n’a pourtant pas ménagé ses efforts ces derniers mois. Prêt à aller jusqu’en Inde pour rencontrer des actionnaires aujourd’hui invisibles.

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Absents physiquement, « les Indiens » sont dans toutes les bouches et de toutes les conversations. Quand, en 2009, ils avaient repris la cartonnerie, « on était plutôt contents, lâche l’un des ouvriers. Sans eux, on était au chômage. » Mais les nouveaux repreneurs n’investiront jamais suffisamment et l’usine va rapidement péricliter. En 2010, un accident mortel se produit dans l’entreprise par manque de sécurité. Dans la petite cour arborée du tribunal, Alain, un ancien de l’usine, crie d’ailleurs, à qui veut l’entendre, qu’il l’avait bien dit, et ça, « depuis le début ».

Justement, dans cette cour, tout ce petit monde attend l’audience… qui ne vient pas. Signe des temps, les affaires s’enchaînent aujourd’hui au tribunal de commerce. Les dix salariés de l’entreprise Servel de Saint-Georges-Lagricol (fabrication de charpentes métalliques) par exemple, attendent eux aussi sagement de se faire « redresser ».

L’avocate représentant Biltube, Isabelle Mabrut, s’impatiente. C’est un invité de dernière minute. Elle est mandatée par un cabinet d’avocat britannique de Londres, pour représenter, à l’audience, les intérêts de la société indienne basée à Malte. Elle l’a appris la veille, « à 20 heures ». « J’ai quand même eu le temps de comprendre le dossier », affirme-t-elle.

Soudain, quelques mouvements, et chacun se dirige lentement vers la salle d’audience. C’est l’heure. La trentaine de salariés va s’asseoir pour écouter le juge prononcer le redressement judiciaire.

Petite satisfaction, cette procédure collective va permettre aux salariés d’être payés. Depuis deux mois, ils ne l’étaient plus. Mais ce n’est pas la décision que certains espéraient, parmi lesquels Didier Pabiou, « 43 ans dont onze ans de boîte », plutôt remonté : « Une liquidation aurait permis un licenciement et les indemnités qui vont avec ».

En plus, avec ce jugement, ils sont obligés de se présenter lundi au travail, alors qu’il est impossible d’y faire quoi que ce soit. « Il n’y a pas de chauffage. L’usine tombe en ruine. Quand il pleut, il tombe autant dehors que dedans, s’emporte Didier. Et maintenant, il y a même des rats. »

Salim Touachfir est malgré tout soulagé, même s’il aurait lui aussi préféré la liquidation pour pouvoir débuter plus rapidement une formation. Mais, le paiement d’août et septembre, « c’est déjà ça. Depuis septembre 2011, on est en chômage partiel. Je suis passé de 1 700 à 1 100 euros. J’ai trois enfants et ma femme était alors en congé parental. Au bout de trois mois, on s’est vraiment serré la ceinture. Là, ça va faire un an… Alors, on mange des patates. »

Article de Julien Wagner paru dans Le Progrès
Edition en ligne du samedi 29 septembbre 2012
Crédit photo : Julien Wagner

Tag(s) : #SOCIAL

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